Guide Alpega : ce que les leaders anticipent pour demain 

Le secteur du transport est en pleine mutation. Pour comprendre ce qui permettra aux entreprises de se démarquer dans les années à venir, nous avons interrogé, avec l’analyste Adrian Gonzalez, 56 chargeurs et 239 transporteurs à travers l’Europe. Leur point commun ? Une capacité à anticiper les évolutions de leur réseau et à agir avant les autres.  

Le transport devient de plus en plus complexe à gérer. Volatilité des marchés, pénurie de main-d’œuvre, hausse des coûts du carburant et incertitudes liées aux politiques commerciales se cumulent. Pourtant, la plupart des organisations continuent de réagir plutôt que d’anticiper : elles courent après l’information, gèrent les perturbations une fois qu’elles se produisent et prennent des décisions à partir de données qui arrivent souvent trop tard pour être réellement utiles.  

Ce fonctionnement permet de gérer les urgences, mais rarement de prendre de l’avance. Pourtant, notre étude montre qu’il reste la norme pour une grande partie des acteurs du secteur. 

Pour identifier les leviers qui feront réellement la différence au cours des trois à cinq prochaines années, Alpega et l’analyste Adrian Gonzalez ont interrogé 56 chargeurs ainsi que 239 transporteurs et prestataires logistiques à travers l’Europe. Les résultats de l’enquête révèlent les principaux défis à relever et l’écart persistant entre les ambitions stratégiques du secteur et la réalité opérationnelle des entreprises.  

« Les équipes en charge de la gestion du transport doivent passer d’une logique de processus opérationnels à une approche fondée sur l’analyse des données. »  

Chargeur, répondant à l’enquête 

Une vision commune, mais une réalité encore fragmentée 

Lorsqu’on demande aux chargeurs et aux transporteurs à quoi ressemblera l’avenir du transport, les réponses convergent rapidement : davantage de connectivité, plus d’automatisation, une collaboration renforcée et des décisions guidées par la donnée. Quelle que soit la taille de l’entreprise, son secteur d’activité ou sa localisation, la direction à suivre fait largement consensus.  

La réalité opérationnelle est toutefois plus contrastée. 

Seuls 27 % des chargeurs estiment être bien connectés à leurs partenaires externes. À peine 36 % déclarent avoir standardisé et automatisé leurs processus. Plus révélateur encore, un chargeur sur deux considère le manque de données fiables et disponibles au bon moment comme le principal frein à une prise de décision efficace. 

Les transporteurs semblent plus avancés sur certains aspects. Près de deux tiers (65 %) se disent bien intégrés à leur écosystème de partenaires. Leurs investissements dans la digitalisation ont déjà produit des résultats. Mais eux aussi se heurtent à un obstacle : des informations souvent incomplètes ou transmises trop tard par les chargeurs dont ils dépendent pour exécuter leurs opérations. 

Chargeurs et transporteurs sont confrontés à une même réalité : lorsque l’information circule mal, la performance en pâtit. Si les difficultés ne se manifestent pas au même endroit, elles ont une origine commune. Mieux connecter les acteurs et les données sera l’un des principaux leviers de compétitivité des années à venir.  

Le véritable défi se situe entre les organisations, pas au sein d’une seule entreprise 

Les principaux défis du transport ne se jouent plus à l’échelle d’une seule entreprise. Ils se situent désormais à l’intersection des organisations, là où les informations circulent, où les décisions se coordonnent et où les partenaires collaborent. 

68 % des chargeurs considèrent que la qualité de leurs relations avec les transporteurs sera un facteur clé de réussite dans les années à venir. 66 % placent également la connectivité et l’intégration des réseaux parmi leurs priorités stratégiques. 

Ces enjeux vont bien au-delà de la technologie. Ils reflètent la capacité des entreprises à travailler ensemble de manière plus fluide, plus transparente et plus efficace. 

Dans ce contexte, investir dans les outils ne suffit plus. Il faut aussi renforcer les modes de collaboration, harmoniser les processus et partager davantage d’informations entre partenaires. À mesure que les chaînes logistiques gagnent en complexité, la performance dépend de moins en moins de l’efficacité d’une organisation prise isolément et de plus en plus de celle de l’ensemble du réseau. 

Les leaders de demain seront ceux qui réussiront à fluidifier les échanges entre les entreprises autant qu’entre les systèmes. Car aucune technologie, aussi performante soit-elle, ne peut compenser un manque de collaboration entre les acteurs du réseau.   

Les cinq capacités qui distingueront les leaders de demain 

L’étude met en évidence cinq domaines dans lesquels les entreprises leader prennent déjà de l’avance, creusant progressivement l’écart avec le reste du marché. 

  1. Connectivité et intégration des réseaux  
    Les entreprises les plus performantes s’attachent à réduire la complexité opérationnelle liée à la gestion de multiples connexions entre partenaires. En s’appuyant sur des réseaux de transport partagés, elles simplifient les échanges de données tout en facilitant la collaboration avec l’ensemble de leur écosystème de transporteurs. Au-delà des gains d’efficacité immédiats, ces investissements créent un avantage structurel durable. Plus un réseau est connecté, plus il devient facile d’échanger des informations, de coordonner les opérations et de réagir rapidement aux changements. « Les leaders du transport se distingueront en devenant des partenaires stratégiques pleinement intégrés aux chaînes logistiques de leurs clients, plutôt que de simples prestataires de services. »  Transporteur, répondant à l’enquête  
  2. Une exécution fiable 
    Dans le transport, la confiance ne se limite ni aux contrats ni aux relations commerciales. Elle se construit au quotidien, à travers la qualité de l’exécution, la transparence des échanges et la capacité à réagir rapidement en cas d’imprévu. 
    Pour 64 % des chargeurs, la visibilité en temps réel sur les expéditions et la régularité des performances constituent les principaux facteurs de confiance. Si la technologie contribue à renforcer cette confiance, elle ne suffit pas à elle seule. Celle-ci repose avant tout sur la capacité des acteurs du transport à tenir leurs engagements de manière constante et fiable.  
  3. Passer de la réaction à l’anticipation 
    L’un des principaux facteurs qui distinguent les entreprises leaders des autres acteurs du marché est leur capacité à anticiper les perturbations avant qu’elles n’impactent les opérations. Tours de contrôle pilotées par l’IA, gestion automatisée des exceptions, réallocation dynamique des capacités : ces technologies permettent de détecter les risques en amont et d’intervenir avant qu’ils n’aient un impact sur les opérations. Les répondants constatent ainsi une évolution des priorités : les entreprises cherchent de moins en moins à gérer les urgences au fil de l’eau et de plus en plus à anticiper les perturbations pour en limiter les conséquences. « Les entreprises passeront d’une gestion réactive des urgences à une orchestration proactive de leurs opérations. »  
    Répondant à l’enquête  
  4. L’IA comme levier, pas comme finalité  
    L’intelligence artificielle est omniprésente dans les réponses qualitatives de l’étude. Pour autant, elle n’est pas considérée comme une finalité. Les répondants la perçoivent avant tout comme un levier pour améliorer la visibilité, automatiser les tâches à faible valeur ajoutée et permettre aux équipes de se concentrer sur les décisions qui requièrent une expertise humaine. L’étude met également en évidence un consensus : l’efficacité de l’IA dépend directement de la qualité des données disponibles. Sans données fiables, connectées et actualisées en temps réel, même les outils les plus avancés peinent à produire des résultats à la hauteur des attentes. 
  5. Aller au-delà des indicateurs de coûts   
    Les organisations les plus avancées redéfinissent également leur manière de mesurer la performance. Si le coût par expédition demeure un indicateur important, il ne suffit plus à lui seul pour évaluer l’efficacité d’un réseau de transport. La qualité de service, la résilience opérationnelle, l’exposition aux risques ou encore l’impact environnemental prennent une place croissante dans les décisions stratégiques. Une évolution qui traduit un changement plus profond : l’enjeu n’est plus seulement d’exécuter les opérations au moindre coût, mais de construire des réseaux capables de s’adapter rapidement, de résister aux perturbations et de maintenir leur performance dans la durée.  
     

La confiance repose sur l’exécution... Mais pas seulement 

La visibilité et la fiabilité de l’exécution restent au cœur de la confiance dans le transport. Pourtant, un angle mort persiste. La vérification de l’identité des partenaires et leur conformité figurent parmi les priorités les moins citées par les répondants. Seuls 34 % des chargeurs et 25 % des transporteurs les considèrent comme des capacités stratégiques. 

Un décalage préoccupant au regard de l’évolution des risques. 

Selon TAPA EMEA, plus de 108 000 vols ont été recensés dans les chaînes logistiques de 110 pays au cours des deux dernières années, pour un préjudice déclaré de plus d’un milliard d’euros. En Allemagne, un camion complet est dérobé en moyenne tous les trois jours. 

La menace ne se limite toutefois plus aux vols physiques. Les fraudes gagnent en sophistication, notamment à travers la multiplication des usurpations d’identité. Des acteurs malveillants se font passer pour des transporteurs légitimes afin de détourner des marchandises ou d’infiltrer les chaînes d’approvisionnement, rendant les attaques plus difficiles à détecter et à prévenir. 

Dans ce contexte, la confiance ne peut plus reposer uniquement sur les performances opérationnelles. Elle passe aussi par la capacité à vérifier avec certitude l’identité des acteurs du réseau. Qualification des transporteurs, contrôle des informations, évaluation des partenaires : ces pratiques ne relèvent plus seulement de la conformité, mais font désormais partie intégrante de la gestion des risques. 

Cet enjeu concerne en premier lieu les chargeurs, qui assument l’essentiel des conséquences financières et opérationnelles en cas d’incident. L’historique de performance d’un partenaire ne suffit plus : la confiance doit désormais s’appuyer sur des éléments concrets et vérifiables.   

Un retard à combler, une opportunité à saisir 

L’étude met en évidence un décalage persistant entre les ambitions du secteur et sa réalité opérationnelle.  

Une entreprise sur deux ne dispose pas des bonnes données au bon moment pour piloter ses activités. Moins d’un tiers se considère pleinement intégré à son écosystème de partenaires. Et beaucoup continuent de gérer leurs opérations de manière réactive, alors que l’anticipation devient un avantage concurrentiel.  

Mais cet écart représente aussi une opportunité. 

Les entreprises qui investissent dès aujourd’hui dans la connectivité, la qualité des données, la fiabilité opérationnelle et une gestion plus proactive de leurs flux seront mieux armées pour exploiter les avancées à venir en matière d’IA, d’automatisation et de durabilité.  

Pour y parvenir, la priorité n’est pas de multiplier les technologies, mais de renforcer les fondamentaux : disposer de données fiables, mieux connecter les partenaires et fluidifier les échanges d’informations.  

Les acteurs les plus performants ont déjà pris cette direction. Ils investissent dans les infrastructures, les données et les collaborations qui rendent leurs opérations plus efficaces, plus fiables et plus agiles.  

La question est désormais la suivante : à quelle vitesse le reste du marché suivra-t-il ? 

Découvrez ce qui distingue les leaders du transport et les obstacles qui freinent encore la majorité des entreprises.